Je vous plante le décor:
- quelque part dans le monde (ho hé j'ai le droit encore d'avoir des bouffées mégalomaniaques hein), une hôpital psy à la pointe de son épée euh à la pointe du soin top moumoute (ho hé j'ai le droit encore d'avoir des bouffées de naïveté (gégé si tu me lis...)), une pièce sombre avec une fenêtre qui ne s'ouvre pas entièrement (ah ce petit bijou d'architecture qu'est l'HP...), une super AS (ho hé j'ai le droit encore d'avoir des bouffées d'estime de soi revalorisée), une collègue éduc spé et sa stagiaire...
Je vous plante le contexte:
- un mercredi aux aurores, planning surbooké, un patient à voir de toute urgence parce qu'il est là depuis lundi (mais on ne vous l'apprend que le mardi alors que vous avez déjà une journée de dingue, façon de parler hein) et qu'il sort vendredi, lendemain du jeudi, jusque là rien d'exceptionel, sauf que ledit jeudi est férié...
Je vous plante la situation sociale:
- le patient est sortant de prison, il n'a pas de droits ouverts...c'est sûr que d'ouvrir des droits en milieu fermé (la zonzon) ça ne doit pas être évident, surtout quand le patient vous dit que l'AS de la maison d'arrêt "bah il sert à rien"...
Je vous plante le délire:
- entendez par "le" délire "mon" délire (mon injection retard c'est pour la semaine prochaine, ceci explique celà)...
Bon en même temps faut comprendre, l'urgence du truc m'énèrve quelque peu d'autant que j'imagine le Mr venu sans aucun papier (et ça n'a pas loupé, remarque quand tu attentes à tes jours tu prends rarement avec toi tes papiers dans ta saccoche Hermès des fois que tu réchappes à la mort parce que cette nigaude ne veut pas de toi à l'instant S (S comme suicide)).
S'ajoute à ça le fait de devoir venir tôt voir le Mr en service parce que l'éduc spé et sa stagiaire sont elles aussi aux 400 coups et qu'elles ne travaillent pas sur place mais au CMP (centre médico-psychologique) et qu'il faut donc trouver une date de rendez-vous qui convienne à chacune en sachant que t'as quand même déjà 6 entrevues patients et 1 synthèse médicale de programmées dans la journée, sans compter les appels téléphoniques auxquels tu te dois de répondre même si tu meurs d'envie de raccrocher parce que tu répètes pour la énième fois la même chose sur le même patient gvpegjepogjpej désolée ça va couper fneriofjpaejfez je passe sous un tunel cvefjoaiefj bip bip biiiiip...
Et cerise sur le gâteau, un mr qui tarde à venir en entretien parce qu'il tarde à être prévenu de notre arrivée par des inf' qui tardent à nous donner les tenants et les aboutissants du début d'hospitalisation parce qu'ils s'attardent à la salle café (tiens vilaine auto-giffle toi pour avoir oser écrire ça, aie !!)...
Bref, tout est réuni pour me faire monter la tension (me faut pas grand chose me direz vous, si encore j'avais eu un mars à porter de main, et hop ça repart), et surtout celle de l'éduc qui a une sortie shopping à faire après cet entretien, entendez par "sortie shopping" un "accompagnement démarches sociales" mais comme pour beaucoup quand on sort de l'HP avec un patient "on part en vadrouille" ou "on va bien se balader" on a pris le pli de prendre ces charmantes personnes à contre pied et donc de choisir nous mêmes les intitulés de nos missions...
Nous attendions donc bien sagement dans cette pièce qui fait office de salle d'accueil des familles, de salle d'entretien des "cas sociaux" (euh ça c'est le surnom que nous ont donné les équipes à l'éduc et à moi quand nous intervienons en commun sur une même situation) et de bibliothèque...
Et l'éduc de commencer à lire à voix haute le titre de chaque livre...sans doute un début de décompensation psychotique auquel il me fallait mettre fin (ou pas) sauf à courrir le risque de la voir partir dans un délire sans succès de retour et de devoir signer son HDT parce que les soignants n'auraient pas réussi à la contenir avec les camisoles (chimiques et de tissu) et qu'elle se serait mise à mordre tout le monde et à invectiver tout à chacun d'expressions plus fleuries les une que les autres, un Gilles de la Tourette spécial éduc quoi du genre "lâche moi bâtard ou je te colle mon lien social dans la ganache"...
Et me voilà partie à mon tour, la folie c'est contagieux je vous le dis, à délirer sur le titre supposé de livres qui feraient un tabac et que l'on pourrait trouver en bonne place dans toutes les bibliothèques des HP...
- devenir travailleur social en 10 leçons, diplôme offert dans ce livre...
- comment faire entrer dans la drogue en HP, 1001 recettes (pour rappel un patient à pu se faire "livrer" la marchandise en service fermé via un ami qui était venu lui apporter un kébab, un space kébab !)...
- réussir son évasion sans arme ni haine ni violence (festival de Cannes oblige et une petite référence ciné, une)...
- je suis psychopathe mais je me soigne (ou dans le même ordre d'idée, "le bipolaire à la chaussure noire)...
- petit manuel de survie en milieu hostile, la psychiatrie...
- 15 conseils pour duper son AS et obtenir une aide financière...
- les petits bonheurs au quotidien, une insulte par jour à l'attention des personnels de l'HP...
- vaincre l'alcool en 7 étapes, bon pour une boisson gratuite offert...
- délires et châtiments, la prise en charge du malade mental (de la grande littérature ruSe mouahahaha)...
- déjouer les pièges de l'entretien d'évaluation sociale...
- c'est celui qui dit qui est, l'effet miroir dans la relation patient/praticien...
- les recettes incontournables des cocktails médicamenteux (sans ordonnance) pour un suicide réussi...
- self-défense, ou comment utiliser son tube de dentifrice comme une arme en cas d'attaque infirmière...
On l'a attendu un moment notre patient mais qu'est ce qu'on a ri et qu'il fut difficile de retrouver un minimum de sérieux...pour sûr il va nous falloir lire "gérer son hystériRe où quand la folie vous guette"...
Et vous, dans votre secteur, vous auriez des titres de livres à nous recommander ?